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Comment préparer sa retraite à 40 ans ?

À quarante ans, le départ à la retraite paraît encore lointain — environ vingt-cinq ans si l’on vise l’âge légal de 64 ans désormais fixé par la réforme de 2023, assorti de 172 trimestres pour bénéficier d’une pension à taux plein. Pourtant, c’est précisément la durée idéale pour laisser jouer la capitalisation et l’effet composé : chaque euro placé aujourd’hui produit ses intérêts pendant un quart de siècle.

Les projections du Conseil d’orientation des retraites (COR, rapport 2024) indiquent qu’un salarié du privé liquidant sa pension à taux plein peut espérer un taux de remplacement (pension nette rapportée au dernier salaire net) « autour de 73 % ». Cette moyenne, déjà comprimée par les évolutions démographiques, devrait continuer de se tasser lentement. Dans le même temps, l’Insee note que le taux d’épargne des ménages a atteint 18,2 % du revenu disponible brut en 2024, un plus-haut décennal qui traduit l’inquiétude croissante des actifs : d’après un baromètre Ipsos (2025), 39 % d’entre eux déclarent vouloir épargner davantage, et six sur dix estiment qu’il faudrait commencer à préparer sa retraite avant 35 ans.

 

Faire son bilan à mi-carrière : droits acquis et patrimoine

La première étape consiste à vérifier précisément ses droits. Le portail public Info-Retraite met à disposition un relevé de carrière détaillant, trimestre par trimestre, les cotisations adressées à la CNAV pour la retraite de base et à l’AGIRC-ARRCO pour la complémentaire. À quarante ans, on totalise généralement une vingtaine d’années de cotisations, mais les carrières discontinues, périodes de chômage ou travail à l’étranger peuvent créer des « trous » qu’il convient d’identifier le plus tôt possible.

Côté patrimoine, les données 2025 de l’Insee montrent que les quadragénaires disposent en moyenne d’un patrimoine brut de 181 500 € et épargnent 3 239 € par an, soit 11,3 % de leur revenu disponible. Ce socle constitue une base solide, à condition d’être investi efficacement.

 

une infographie sur la préparation de sa retraite à 40 ans

 

Définir son objectif et calibrer l’effort mensuel

La retraite n’est pas un but abstrait : elle correspond à un niveau de vie souhaité. Avant de chiffrer quoi que ce soit, il faut distinguer ses priorités :

  • les projets des quinze prochaines années : achat ou amélioration d’un logement, études des enfants ;
  • les ambitions pour l’après-64 ans : choix du lieu de vie, budget loisirs, éventuels frais médicaux supplémentaires. 

Supposons qu’un couple veuille disposer d’un capital complémentaire de 500 000 € au moment de la liquidation, afin de générer environ 1 500 € de revenus mensuels sûrs. Avec une hypothèse de rendement annuel moyen de 5 %, un horizon de 24 ans et des versements constants, l’effort à fournir s’établit autour de 635 € par mois. Cet objectif reste atteignable pour une majorité de ménages à condition d’adopter les bonnes enveloppes d’épargne et de revoir régulièrement le cap.

 

Choisir les bonnes enveloppes au bon moment

À quarante ans, le temps joue encore pour vous. Il autorise une exposition significative aux actifs risqués, à condition de diversifier et de piloter progressivement la part sécurisée.

  • Plan d’Épargne Retraite (PER) : lancé en 2019, il compte 10,4 millions de contrats et 108,8 milliards d’euros d’encours (Banque de France, T1 2024). Les versements sont déductibles jusqu’à 10 % du revenu net (dans la limite des plafonds fiscaux), ce qui procure un avantage immédiat aux contribuables les plus imposés. Son inconvénient ? Des frais parfois élevés et une sortie en rente ou capital encadrée jusqu’à la retraite.
  • Assurance-vie : toujours incontournable grâce à une fiscalité dégressive après huit ans et à la flexibilité des rachats partiels. Les unités de compte offrent l’accès aux actions, obligations, immobilier papier et fonds thématiques ; le fonds en euros constitue un havre de sécurité quand l’échéance approche.
  • PEA : réservé aux titres européens mais défiscalisé après cinq ans, il reste un véhicule pertinent pour capter la croissance des marchés actions.
  • Immobilier : en direct ou via SCPI/OPCI, il répond à la recherche de revenus réguliers, mais l’horizon long impose de surveiller les frais et l’adéquation entre offre et demande locatives. 

Construire une allocation évolutive

Une allocation type pour un quadragénaire équilibré pourrait se répartir ainsi :

  • 30 à 50 % en ETF actions (monde ou zones géographiques complémentaires) ; 
  • 20 à 30 % en obligations investment-grade, pour amortir les chocs ; 
  • 10 à 20 % en immobilier papier (SCPI, foncières cotées) fournissant un rendement régulier ; 
  • le solde en supports liquides et sécurisés (fonds en euros, livrets, monétaires) afin de parer aux imprévus. 

Tous les deux à trois ans, un rééquilibrage permet de remettre la répartition dans les bornes cibles : on prend des profits sur les classes d’actifs gagnantes pour renforcer celles qui sont devenues sous-pondérées, sans changer le profil de risque global. À l’approche des 55-60 ans, la part d’actions sera graduellement réduite au profit d’obligations courtes, de fonds en euros ou de supports garantis.

 

Mettre la fiscalité et les dispositifs sociaux à son service

La réforme de 2023 a redéfini le cumul emploi-retraite : une fois la pension liquidée à taux plein (ou après 67 ans), il est désormais possible de reprendre une activité sans plafond, sous réserve d’un délai de six mois chez l’ancien employeur. Cette solution prolonge les revenus et peut éviter de trop entamer l’épargne au début de la retraite.

Côté incitations fiscales, le PER domine par sa déductibilité à l’entrée, tandis que l’assurance-vie propose un abattement annuel de 4 600 € sur les gains (9 200 € pour un couple) après huit ans de détention. À chaque situation correspond donc un outil, qu’il convient d’articuler intelligemment plutôt que d’opposer.

 

Gagner en marge de manœuvre : optimiser dépenses et revenus

La performance d’un portefeuille dépend certes des marchés, mais aussi de la capacité d’épargne que l’on peut y consacrer. Trois axes se complètent :

  1. Réduire la charge financière : renégocier son prêt immobilier ou rembourser par anticipation les prêts à taux élevé peut libérer des centaines d’euros par mois. 
  2. Éliminer les fuites récurrentes : abonnements non utilisés, assurances en doublon ou consommation énergétique excessive grignotent le budget sans améliorer le niveau de vie. 
  3. Augmenter les recettes : formation certifiante, candidature à une promotion ou lancement d’une activité secondaire viennent renforcer le revenu principal et, partant, l’épargne disponible. Dans une économie de plus en plus flexible, diversifier ses sources de revenus est aussi une protection contre les aléas professionnels.

 

2 mains sur 2 pc

 

Ne pas rester seul : simulateurs et accompagnement personnalisé

Les outils gratuits se sont perfectionnés. Info-Retraite calcule vos droits en temps réel ; plusieurs fintechs françaises proposent des simulateurs patrimoniaux qui estiment le capital nécessaire et l’effort mensuel à fournir selon différents scénarios de rendement et d’inflation.

Lorsque le patrimoine se complexifie (entreprise, biens locatifs, succession…), l’intervention d’un conseiller en gestion de patrimoine apporte une valeur ajoutée : il adapte l’allocation au profil de risque, optimise la fiscalité entre PER, assurance-vie et PEA, et planifie la protection du conjoint ou la transmission aux enfants. Ses honoraires représentent un coût, mais ils évitent souvent des erreurs onéreuses.

 

Petit rappel pour vous préparer votre retraite dès 40 ans

Étape Finalité Résultat attendu
Diagnostic Relevé de carrière, inventaire du patrimoine Connaître ses acquis
Projection Chiffrer besoins et taux de remplacement Déterminer le capital cible
Épargne Calcul de la mensualité Structurer l’effort
Enveloppes Sélection PER, assurance-vie, PEA, immobilier Diversifier efficacement
Incitations Exploiter déductions et abattements Réduire l’impôt
Pilotage Rééquilibrer l’allocation Maîtriser le risque
Accompagnement Recourir à un expert si nécessaire Personnaliser la stratégie

 

Préparer sa retraite à quarante ans relève moins d’un privilège que d’une méthode. Avec un horizon de vingt-cinq ans, le temps, la diversification et les incitations fiscales deviennent vos alliés. Le PER reste sous-utilisé malgré son potentiel, tandis que l’assurance-vie et le PEA constituent des piliers éprouvés. Ajoutez-y une dose raisonnable d’immobilier et un pilotage régulier : vous disposerez d’un dispositif robuste pour préserver votre niveau de vie.

En appliquant une feuille de route claire, en ajustant périodiquement vos placements et en veillant à l’équilibre entre sécurité et performance, vous transformerez le défi de la retraite en un projet solide et maîtrisé. À quarante ans, le temps joue encore pour vous : mettez-le à profit dès aujourd’hui.

 

Sources officielles
INSEE (taux d’épargne 2024 ; patrimoine des 40-49 ans)
Conseil d’orientation des retraites, Rapport annuel 2024 (taux de remplacement)
Info-Retraite, CNAV, AGIRC-ARRCO (droits et règles de liquidation)
Banque de France (encours PER, statistiques d’épargne)
Ipsos, Baromètre « Épargne et retraite » 2025
Ministère de l’Économie, réforme des retraites 2023

 

Attention, tout placement comprend des risques. Faîtes appel à un conseiller, fiscal, un assureur, un banquier ou un conseiller en gestion de patrimoine avant de prendre toute décision.

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